10 octobre 2007

La culture, pour qui ?



Pour Jean-Claude Wallach, la démocratisation culturelle est un mythe, une simple justification verbale cachant un élitisme coupé des modalités concrètes du développement de la culture.

Résumé :
Les années 60 étaient une période de mobilité sociale ascendante, durant laquelle une large partie de la population a souhaité s'approprier un capital culturel, d'où le succès conjoncturel des Maisons de la Culture de Malraux. Mais l'action de l'Etat n'a consisté qu'à mettre en place une offre, disjointe d'ailleurs entre pratiques amateurs (les animateurs du Ministère de la Jeunesse et des Sports) et les pratiques professionnelles (les créateurs du Ministère de la Culture), et marquant ainsi l'autonomie des institutions culturelles par rapport au champ social. Les politiques culturelles nationales ont réduit la culture à l'art, et l'art à l'art élitiste ou expérimental. Le terme "démocratisation" est finalement utilisé pour justifier des subventions concernant des oeuvres cherchant exclusivement l'excellence artistique.

Or il ne suffit pas de "rendre accessible les oeuvres", il faut aussi concevoir les modalités de cette offre, repérer et comprendre ce qui fait culture pour une population donnée. Il faut donc passer d'une démocratisation "élitaire pour tous" (selon l'ancienne expression d'Antoine Vitez), à une démocratisation "égalitaire avec tous". La culture n'est pas un capital statique qu'il suffirait de rendre accessible, c'est un rapport au monde, contradictoire et évolutif, qu'il faut construire.

De plus, les pratiques culturelles des individus sont le produit de choix et d'activités, même lorsqu'elles sont qualifiées de "consommation". La reproduction sociale des inégalités culturelles n'est donc pas une fatalité. Les pistes que présente l'auteur : le décloisonnement des modalités de l'offre (ex. ouvrir les bibliothèques le dimanche matin, fusionner BM et BU) , la prise en compte des pratiques amateurs comme mission des établissements culturels, les initiatives territoriales en lien avec la population, la prise en compte des industries culturelles de masse.

Suite à la publication de cet ouvrage, Jean-Claude Wallach a été contraint de démissionner du poste de délégué national du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles. http://www.editions-attribut.fr/Un-livre-seme-le-trouble-dans-la


Extraits
p.81-82 Les obstacles majeurs à l'ouverture de l'offre culturelle ne sont pas financiers, mais proviennent des "difficultés considérables que les professionnels de la culture rencontrent pour adapter les représentations qu'ils se font d'eux-mêmes d'abord, de leurs publics ensuite. Cette double question des représentations a des conséquences sur la capacité de ces professionnels à appréhender les effets de leurs actions et les réalités vécues par les publics auxquels ils s'adressent".

p.83 "Il est totalement contre-productif de stigmatiser rituellement une soi-disant propension des publics à "consommer" ce qui leur est proposé (la télévision en premier lieu) si on n'a pas, au préalable, montré à ces mêmes publics qu'on les considère, individuellement et collectivement, comme des sujets agissant, mettant en oeuvre des jugements de goût et inscrivant leur relation à l'art et aux oeuvres dans le champ plus vaste de leur rapport au monde."

3 commentaires:

bibliobsession a dit…

ah oui bon livre clair et bien pensé. Je ne savais pas qu'il avait contraint de démissionné suite à ce livre...ça montre bien qu'il dérange...!

Xavier Galaup a dit…

Le credo de la démocratisation pose en effet pas mal de question. L'offre culturelle ou pour les bibliothèques la simple mise en oeuvre du libre-accès n'a pas fait se ruer les foules dans les équipements culturels.
J'avais lu a ce sujet le n°44 de la revue mouvement ( http://www.mouvement.net/site.php ) qui allait dans ce sens.
La culture se vit au quotidien. Elle se pratique et s'approfondit au fur et à mesure d'une pratique. J'ai acquis la certitude qu'il nous faut trouver le moyen de s'inscrire dans une pratique et que la seule offre est une belle illusion qui n'attire que les gens qui nous ressemblent.
Reste à essayer différentes stratégies locales pour y arriver.

Dominique Lahary a dit…

Je n'ai pas lu le livre, merci de le signaler ! En tout cas je souscrits à 100% aux deux extraits cités !
Je vais m'y ruer.
Il faut arrêter d'être au-dessus du public pour être à ses cpôtés.
Pas simple de penser le professionnalisme à partir de là. pas simple, mais nécessaire !

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