
C'est le titre d'un article publié par l'ADBDP qui présente quelques innovations de bibliothèques étrangères http://www.adbdp.asso.fr/association/publications/enligne/danset2005.htm
Cet article a par la suite a fait l'objet d'échanges sur biblio-fr, pas tant d'ailleurs sur l'aspect spécifique de la dématérialisation des bibliothèques, que sur la perte d'évidence en général du rôle des bibliothèques. Les intervenants sont tous en faveur du rôle social, mais en analysant différement : tantôt ce rôle ne serait assuré que par un retour aux vraies valeurs, tantôt il ne serait garanti que par des pratiques novatrices pour conquérir des classes qui n'y sont jamais venues. Bref, de quoi se châtier pour les bibliothécaires, mais aussi une façon de se promouvoir : quel rôle tragique et grandiose, ils pourraient tant, mais leur échec marque l'absence de diffusion de la culture ! Qu'ils choisissent le marketing ou l'assistanat social, les bibliothécaires sont condamnés à être des anges déchus : dans leur objectif sublime et dans les limites qu'ils rencontreront toujours.
Il y a un certain donquichottisme à monter ainsi l'assaut des Moulins à vent de la Lecture publique : sus aux obstacles, il y a de tout chez nous, tout le monde peut s'inscrire, c'est lire en fête, youpi ! 4 dvd 3 bd 1 julien gracq, laissez venir à moi les non-usagers car le royaume de la lecture leur appartient !
Avec des solutions opposées (l'une accentuant sur la fin et l'autre sur les moyens), c'est en fait le même aveuglement qui subsiste. Ni le coeur ni le marketing ne parviendrons à aller bien loin si on ne mesure pas que la bibliothèque ne peut pas imposer aux gens des usages dont ils ne perçoivent pas (faute d'éducation, de culture, d'informations, de moyens) un besoin évident.
S'agit-il d'un besoin inconnu de grande littérature (sûrement, mais bien enfoui alors, à éveiller), s'agit-il d'une soif de best-sellers (sûrement, mais engendrée par le marketing commercial faute de mieux), s'agit-il d'une soif de supports commerciaux (sûrement, mais la frustration de ne pouvoir les acheter est-elle compensée par leur prêt), s'agit-il d'un besoin d'internet à tout va (sûrement, mais pourquoi à la bibliothèque) ?
Est-ce que nous nous représentons clairement les besoins réels des différents usagers et non-usagers? Il faudra s'attacher à déterminer de quoi les gens ont et auront besoin dans le domaine du récit et le domaine documentaire, qu'ils ne trouveront pas, ou moins bien, ou plus difficilement, ailleurs que dans (ou via) une bibliothèque.
Comment se situer en tant qu'institution locale, centre de ressource à distance mais aussi lieu public, et qui ne pourra jamais être (matériellement et substantiellement) ni tout à fait la matrix ni tout a fait un supermarché ?